Un débat aux termes pipés
Le débat autour du projet européen est rendu obscur par l'emploi de termes inadéquats qui entretiennent une confusion mentale préjuduciable à la qualité de la réflexion sur le fond. Après quelques décennies d'errance et de tâtonnements autour de l'idée européenne et de ses enjeux, il faut se rendre à l'évidence : l'actuelle Union européenne est un relatif échec et un beau gâchis !
La cause s'en trouve d'abord cette confusion du vocabulaire, mais aussi dans l'excès d'idéologie et dans le manque de réalisme.
Pourtant, à l'heure où les Etats-Unis d'Amérique pèsent plus que jamais dans les affaires de la planète, à l'heure où la mondialisation rapproche de fait les peuples par le développement des moyens techniques de communication et de transport, à l'heure où le monde devient un village, les Européens, c'est-à-dire les citoyens du continent européen (et non les Européistes, idéologues utopistes d'une construction chancelante), doivent travailler ensemble et s'unir.
Mais, il convient d'abord de s'attacher au vrai sens des mots.
Une nécessaire clarification des termes
Il convient de clarifier la forme afin d'éclairer le fond et de le dégager de ses scories irréalistes. Dans ce toilettage, seuls les démagogues seront perdants. Le résultat sera peut-être moins éclatant que l'actuel, mais plus solide. Les citoyens des nations européennes en sortiront gagnants.
L'Europe est, elle existe par elle-même, en dehors de toute « construction », construction théorique. D'ailleurs, elle se continue toute seule, chaque jour et sous nos yeux. Elle n'est donc pas « à construire ». Une expression telle que « bâtir l'Europe » n'a aucun sens puisque l'Europe existe déjà : cette expression est donc un abus de langage. Sauf pour les aveugles face à la réalité présente et pour les amnésiques en histoire.
L'Europe est d'abord une réalité géographique, puis historique. Athènes, puis Jérusalem dans une certaine mesure, ensuite Rome et Byzance jusqu'à sa chute, Aix-la-Chapelle, en ont établi les fondements culturels.
A partir de cette base-là, et seulement à partir de là, la construction volontariste d'une organisation européenne, d'une unité européenne, est possible. Oublier cette base ou la nier aboutit à construire en tout ou partie sur le vide et donc à fragiliser l'édifice. C'est d'ailleurs ce qu'on voit dans l'actuelle Union européenne : une construction artificielle, idéologique, déracinée, utopique, contre-nature.
Une construction européenne ancrée dans le réel et dans la culture
Reconnaissons d'abord ces bases géographiques, historiques et culturelles ! Revenons au réel ! Nourrissons-nous en ! Bâtissons à partir de ces bases-là ! Que la culture ait toute sa place ! Une culture imprégnée de christianisme et de catholicisme, de la distinction du spirituel et du temporel, une culture hellénique, latine et germanique, une culture fondée sur le Beau, le Vrai et le Bien !
Souvenons-nous du mot du “père” de la Communauté Economique Européenne (la C.E.E.), Jean Monnet lui-même : "si c'était à refaire, je commencerais par la culture". Bel aveu d'un utopiste devenu réaliste sur le tard !
Développons la connaissance de la culture européenne. Faisons évoluer l'apprentissage des langues étrangères d'Europe en privilégiant la communication. Favorisons la mobilité des étudiants, sur le modèle du tour d'Europe lancé par les clercs ... au XII° siècle.
Une autre Union européenne est possible !
Oui, cette construction prendra du temps, plus de temps que la construction actuelle faite à marches forcées et que les peuples et les nations d'Europe réprouvent. Mais ce faisant, la construction sera plus sûre. Et partant, plus utile au final.
Alors, mais alors seulement, des expressions telles que “bâtir une union européenne”, “porter un projet (politique) européen” auront un sens. Elles seront l'expression d'une démarche éminemment politique où l'homme politique et le citoyen progresseront accompagnés des forces du réel et de l'ordre naturel.
Alors, mais alors seulement, une solide “Union européenne” sera possible. Union forcément respectueuse des nations, de toutes les communautés naturelles et des corps intérmédiaires, parce qu'elle appliquera vraiment le principe de subsidiairité, un principe conceptualisé à l'origine par la doctrine sociale et politique de l'Eglise.
L'utopie coûte cher en politique ! Alors, au travail ! L'urgence commande, nos enfants nous jugeront ...




